Canadian Pharmacists Association
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Le point sur la pharmacie : Danica Massey

Danika Massey

Danica Massey, BSc Pharm, RPh (elle/eller)
Pharmacienne principale, Global Mercy, Mercy Ships
Freetown (Sierra Leone)

Pharmacienne britanno-colombienne formée en milieu hospitalier, Danica Massey occupe maintenant les fonctions de pharmacienne principale à bord du Global Mercy, l’un des deux navires-hôpitaux exploités par Mercy Ships. Après avoir entendu parler de l’organisation tôt dans sa carrière, Danica a fait le saut et accepté un placement à court terme en 2020, juste avant la pandémie. Cette brève expérience lui a laissé une impression indélébile, si bien qu’elle s’est réengagée pour deux ans en 2024. 

Danica joue un rôle extrêmement dynamique. Elle gère les stocks pour une liste de médicaments plurinationale, soutient la prestation de soins cliniques dans sept spécialités chirurgicales et aide à former les pharmaciennes et pharmaciens bénévoles à leur arrivée. Qu’il s’agisse de fournir des médicaments à des personnes qui subissent une intervention chirurgicale ou d’offrir des soins palliatifs dans la communauté, Danica contribue largement à faire en sorte qu’il y ait à bord des services de pharmacie efficaces, offerts en toute sécurité et sous le signe de la compassion. Elle décrit son expérience comme étant stimulante, unique et profondément enrichissante.

Questions et réponses avec Danica

Nous nous sommes entretenus avec Danica pour en savoir plus sur sa vie de pharmacienne à bord d’un navire-hôpital, les défis uniques que présente la logistique pharmaceutique mondiale et les raisons qui font de cette expérience l’une des plus marquantes de sa carrière. 

Comment vous êtes-vous retrouvée à Mercy Ships, et pourquoi vous êtes-vous réengagée pour une mission plus longue? 

La première fois que j’ai entendu parler de Mercy Ships, c’était par quelqu’un de ma parenté, en 2019. La perspective de travailler comme pharmacienne bénévole à bord d’un navire en Afrique me semblait très intéressante. J’ai donc commencé à m’intéresser à cette possibilité, car je songeais à changer d’emploi. On m’a finalement offert un poste de trois mois sur le navire, alors amarré au Sénégal, en 2020. Malheureusement, je n’y suis restée que quelques semaines; la pandémie de COVID-19 s’est déclarée, et nous avons dû tout fermer et rentrer à la maison. Même si elle a été de courte durée, cette expérience m’a laissée une impression inoubliable. J’ai finalement eu l’occasion de reprendre du service auprès de Mercy Ships en 2023 pour une mission de deux mois et demi, en Sierra Leone. Pendant la mission, on m’a offert la possibilité de revenir à long terme pour occuper les fonctions de pharmacienne principale. J’avais trouvé toute cette expérience fort enrichissante, car il fallait travailler au sein d’une équipe pluridisciplinaire formée de gens animés par un objectif commun, prêts à donner bénévolement de leur temps pour traiter et prendre soin de patients qui, autrement, n’auraient pas accès à une intervention chirurgicale. Je croyais en la mission et aux valeurs fondamentales de Mercy Ships, et j’aimais aussi la vie communautaire à bord. J’ai donc décidé d’accepter le poste de pharmacienne principale qui m’avait été offert et j’ai quitté mon emploi auprès de BC Cancer pour rembarquer à bord du navire, en juillet 2024, pour un placement de deux ans en Sierra Leone. 

À quoi ressemble, pour vous, une journée typique à bord? 

La pharmacie accompagne les patients tout au long de leur parcours à l’hôpital, de la phase préopératoire au congé de l’hôpital. Le matin, nous faisons les tournées avec les chirurgiens, les médecins et le personnel infirmier responsable. Nous évaluons les patients postopératoires à leur chevet pour examiner leur état clinique, leurs médicaments et leur plan de congé de l’hôpital. Nous n’avons pas de dossiers médicaux électroniques, donc nos pharmaciens scrutent chaque dossier afin de repérer tout problème lié à la pharmacothérapie. Chaque matin, nous regarnissons également nos armoires de dispensation des médicaments Omnicell partout dans l’hôpital et dans tous les blocs opératoires. Le reste de la journée est consacré à la prescription de médicaments pour les patients en attente d’une opération qui n’ont pas encore été admis à l’hôpital. Leur état est évalué au cours des mois et des jours qui précèdent l’intervention, et il se peut qu’ils aient besoin de médicaments antipaludiques ou de traitements contre d’autres infections pour s’assurer qu’ils sont en bonne santé avant l’opération. Pour ce qui est des patients qui subiront une chirurgie thyroïdienne, nous passons des mois à optimiser leur traitement médicamenteux afin qu’ils recouvrent l’euthyroïdie avant la date de l’opération. Une fois qu’ils ont obtenu leur congé, les patients reviennent pour des suivis dans notre salle de soins ambulatoires, et leurs dossiers sont envoyés aussi à la pharmacie pour l’exécution de leurs ordonnances avant leur congé définitif de notre hôpital.  

L’équipage à bord du Global Mercy est constitué d’environ 400 personnes, dont des enfants et des familles. Nous comptons également environ 200 membres d’équipage de jour (des locaux employés pour effectuer des quarts de travail le jour, mais qui ne vivent pas à bord). Le navire renferme aussi une clinique réservée aux membres de l’équipage à bord et de jour, afin de répondre à leurs propres besoins en matière de santé. Tout cela tient les effectifs en pharmacie bien occupés, car nous exécutons aussi les ordonnances des bénévoles ou leur proposons des médicaments en vente libre ou des vitamines.  

En tant que pharmacienne principale, j’assume des responsabilités supplémentaires comme la formation des nouveaux pharmaciens et techniciens en pharmacie qui se joignent à nous tous les deux ou trois mois. Je gère les stocks à bord, assure un suivi de l’utilisation des médicaments et passe des commandes lorsque la quantité de médicaments diminue. J’assiste également à des réunions d’évaluation hospitalière et de dossiers médicaux où, avec la direction de l’équipe multidisciplinaire, nous discutons des patients dont le cas est complexe et revenons sur les complications et les incidents médicaux survenus dans chaque spécialité chirurgicale.

Quels sont les des défis propres à la gestion d’une pharmacie à bord d’un navire? Pouvez-vous nous donner quelques exemples?

Les questions liées à la chaîne d’approvisionnement constituent l’une de nos principales préoccupations. Nous avons des fournisseurs de médicaments aux États-Unis et aux Pays-Bas, et il faut parfois des mois avant que les médicaments ne parviennent au navire. Nous nous en tenons à une liste de médicaments plutôt longue, mais qui ne comprend pas toujours tous les médicaments dont nous disposons normalement à la maison. Nous essayons d’anticiper les besoins pour une mission complète de 10 mois et veillons à ce que la quasi-totalité des médicaments soient déjà embarqués au début de la mission, mais il arrive que certains soient expédiés par conteneur ou par avion au courant de l’année également.  

Nos bénévoles œuvrant dans le domaine de la santé proviennent de partout dans le monde, ce qui signifie que chaque suit ses propres pratiques et directives en matière de prescription. Parfois, une chirurgienne ou un médecin prescrit un certain médicament à chaque patient qui, auparavant, était rarement utilisé. Par conséquent, nous épuisons notre stock très rapidement, et il faut parfois beaucoup de temps avant de le reconstituer et de pouvoir répondre à la demande. C’est l’un des défis courants liés à la gestion des stocks.   

L’importation de médicaments désignés est un processus très compliqué, car il nécessite l’obtention de permis d’importation et d’exportation. Je dois souvent me rendre auprès du Pharmacy Board (office des produits pharmaceutiques) de la Sierra Leone pour discuter des permis avec les représentants du gouvernement, ainsi que pour préparer et signer les permis requis. Nous avons également conclu des partenariats avec des pharmacies locales et d’autres ONG dans le pays afin de pouvoir acheter des médicaments auprès d’elles ou en recevoir gratuitement en cas de pénuries urgentes. Il nous est arrivé aussi de faire des dons à d’autres ONG qui en avaient besoin – c’est vraiment formidable d’avoir ce genre de relations.  

Le fait que bon nombre des patients ne parlent pas l’anglais est un autre défi propre à notre travail. Nos membres d’équipage de jour, qui parlent les langues locales, traduisent pour nous. Nous avons également des étiquettes avec pictogrammes pour communiquer aux patients qui ne lisent pas l’anglais des instructions sur la prise des médicaments. 

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce travail?

J’aime beaucoup l’approche collaborative des soins et le travail au sein d’une équipe pluridisciplinaire. J’ai noué d’étroites relations professionnelles avec la direction d’autres services. Notre pharmacie compte une petite équipe de quatre personnes, et j’apprécie le travail d’équipe et les liens d’amitié qui se sont formés au sein de notre service.  

J’ai l’occasion d’être témoin du courage des patients qui subissent des interventions chirurgicales qui changent leur vie. Certains ont voyagé pendant plusieurs jours pour se rendre jusqu’au bateau et vivent avec des difformités extrêmes depuis de nombreuses années. Ils montent à bord d’un navire étranger et font confiance à des personnes qui viennent de très loin et qui ne parlent pas la même langue qu’eux. C’est fantastique de voir leur vie se transformer et de constater à quel point ils sont reconnaissants pour les soins qu’ils reçoivent.  

J’apprécie aussi le fait d’appartenir à l’équipe de soins palliatifs, dont la mission est de soutenir les patients qui, au départ, ont fait l’objet d’une évaluation par Mercy Ships en vue d’une opération, mais qui, malheureusement, ne sont pas admissibles à un traitement, souvent parce qu’ils sont atteints d’une tumeur maligne. Notre personnel infirmier leur rend visite à la maison et leur fournit des soins médicaux de soutien, des soins spirituels et, parfois, une aide financière, à eux et à leur famille, à l’approche de la fin de leur vie. Le personnel infirmier s’entretient régulièrement avec le pharmacien et le médecin pour faire le point sur la prise en charge de l’état de santé et des symptômes des patients, et nous fournissons des médicaments pour leur assurer des soins de confort. Même si le travail que j’effectue se déroule en grande partie dans les coulisses, j’ai eu l’occasion de me joindre au personnel infirmier dans le cadre de visites de patients à domicile. C’était une expérience formidable que de les rencontrer en personne et de voir à quoi ressemble leur vie à la maison. Chaque patient à qui j’ai rendu visite m’a accueillie chaleureusement et n’en revenait pas que je sois allée les rencontrer en personne. Ils sont tellement reconnaissants de la compassion dont nous faisons preuve dans nos soins, et c’est un honneur de faire partie de tout cela.

Pourquoi la présence de pharmaciennes et pharmaciens dans l’équipe de Mercy Ships est-elle essentielle?

Les pharmaciens jouent un rôle crucial dans la prestation de soins médicaux sûrs pour différentes raisons. Parfois, les infections ou les complications que nous devons traiter diffèrent de ce que bien des professionnels de la santé ont l’habitude de voir dans leur pays d’origine. Les connaissances spécialisées qu’apportent les pharmaciens sont uniques, mais il faut parfois faire preuve de créativité. Lorsque le roulement des bénévoles au sein de chaque service est très fréquent, beaucoup de professionnels de la santé sont souvent soulagés lorsqu’ils peuvent appeler ou « biper » le pharmacien pour lui poser des questions.  

Comme notre liste de médicaments est limitée, les prestataires qui sont avec nous pour une courte durée ne savent pas, dans bien des cas, quels médicaments sont disponibles, alors quand vient le temps de prescrire, ils se fient aux recommandations du pharmacien. Sans dossiers médicaux électroniques, les pharmaciens relèvent un grand nombre d’erreurs de transcription et veillent à ce que les ordonnances soient très claires dans le dossier. Par exemple, certains médicaments peuvent être commercialisés sous des noms différents selon le pays ou les abréviations médicales peuvent différer, et voir cela écrit dans le dossier peut semer de la confusion et entraîner des erreurs administratives. C’est l’une des choses que nos pharmaciens vérifient régulièrement.

Quelle a été pour vous l’expérience la plus significative? 

J’ai adoré voir de mes propres yeux l’impact de mon travail sur la vie de patients qui, autrement, n’auraient pas eu accès à ces soins. Ça aide à conserver sa motivation après une dure journée de travail, car on sait que son travail est unique et change des vies.  

J’ai aussi appris énormément de choses au sujet de différentes cultures. Au cours de notre dernière mission, nous avions des membres d’équipage bénévoles originaires de 72 pays différents travaillant au sein de divers services. En ce qui me concerne, je trouve particulièrement intéressant d’apprendre comment la pharmacie s’exerce dans d’autres pays et de constater les similitudes et les différences par rapport au Canada en ce qui a trait aux méthodes d’enseignement et aux pratiques médicales. 

J’ai travaillé en milieu hospitalier au Canada et remarqué qu’il existait parfois de l’animosité entre les différents services. C’est quelque chose que j’ai rarement vu au service de Mercy Ships. J’espère que la compassion et la qualité des soins offertes par mon équipe de pharmaciennes et de pharmaciens changent la vie non seulement des patients, mais aussi des autres membres d’équipage. J’espère que le personnel infirmier, les chirurgiens et les médecins avec lesquels nous travaillons en étroite collaboration sur le navire se souviendront de cette expérience et apprécieront davantage leurs relations de travail avec les pharmaciens lorsqu’ils retrouveront leurs emplois à la maison.