Le point sur la pharmacie : Sandy Hewitt

Sandy Hewitt, RPh (elle/elle)
Coordonnatrice clinique en pharmacie, Mercy Ships
Windsor (Ont.)
Sandy Hewitt est coordonnatrice clinique en pharmacie auprès d’une organisation confessionnelle internationale – Mercy Ships – qui fournit des soins chirurgicaux gratuitement, dans certains des pays les plus démunis du monde. Forte d’une expérience en pharmacie de plus de 30 ans acquise en Alberta et en Colombie-Britannique, Sandy s’est jointe à Mercy Ships après que ses enfants ont quitté le nid familial, attirée par la possibilité d’allier compétences cliniques et engagement humanitaire.
Sandy a pour fonction de gérer les activités en pharmacie sur les deux navires-hôpitaux de Mercy Ships, y compris la formation, la dotation en personnel et la surveillance des procédures cliniques. Aux côtés de bénévoles originaires de plus de 60 pays, Sandy contribue de près à assurer la sécurité des soins chirurgicaux, l’accès aux médicaments et la collaboration multidisciplinaire dans des régions où l’infrastructure de la pharmacie est limitée, voire inexistante. Son expérience, qu’elle décrit comme étant profondément gratifiante et fondée sur la collaboration, lui rappelle sans cesse à quel point nous devons apprécier le système de santé que nous avons au Canada.
Questions et réponses avec Sandy
Nous nous sommes entretenus avec Sandy afin de discuter avec elle de son cheminement vers le domaine de la santé mondiale, des réalités associées à la prestation de soins pharmaceutiques à bord d’un navire-hôpital et de ce qu’elle a appris de son travail auprès de patientes et patients et de bénévoles venant de partout dans le monde.
Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a amenée à vous joindre à Mercy Ships?
Je suis pharmacienne depuis plus de 38 ans. J’ai élevé ma famille et travaillé en Alberta et en Colombie-Britannique jusqu’à ce que nos deux enfants quittent la maison pour l’université. Ni mon mari ni moi n’avions envisagé de servir à l’étranger, mais c’est après avoir vu un reportage sur Mercy Ships à l’émission 60 Minutes que nous avons eu l’idée de poser notre candidature. Nous avons servi à bord du navire-hôpital Africa Mercy de 2015 à 2020, moi en qualité de pharmacienne principale et mon mari comme technologue biomédical. Mon mari avait l’habitude de voyager pour son travail, donc c’était très nouveau pour nous de vivre et de travailler si près l’un de l’autre – son atelier était juste à côté de la pharmacie!
En quoi consiste votre rôle actuel auprès de Mercy Ships?
Je supervise les services de pharmacie pour les deux navires-hôpitaux. Nous avons une équipe de quatre pharmaciennes et pharmaciens sur un navire et une de trois sur l’autre. J’apporte mon soutien aux équipes, je réponds aux questions, j’aide à la prise de décisions cliniques et j’explique le contexte historique à un effectif dont la composition change constamment.
C’est moi la gestionnaire des ressources humaines en pharmacie. À ce titre, j’approuve les candidatures aux postes de pharmacien ou de technicien en pharmacie, je dote les postes de courte et de longue durée en pharmacie et j’élabore des cours et du matériel de formation sur les technologies en pharmacie, de même que pour la formation du personnel, tant sur support vidéo en ligne qu’en personne. Je me rends généralement sur chaque navire une fois par année.
Mon rôle s’étend aussi à la planification et aux procédures relatives à l’importation de médicaments désignés et non désignés, ce qui comprend la préparation de demandes d’importation adressées aux services chargés de la pharmacie dans les ministères de la Santé des pays où nous offrons nos services. Avec une collègue, je planifie les médicaments nécessaires à une mission de 10 mois. Nos impératifs logistiques sont tels que commander des médicaments peut prendre des mois, et non des jours, comme nous en avons l’habitude au Canada.
Je remplis aussi les fonctions de gestionnaire de documents pour les pharmacies de Mercy Ships, ce qui signifie que j’élabore et tiens à jour des politiques, des procédures, des instructions et des lignes directrices pour l’organisation, et je passe en revue tous les autres documents hospitaliers ayant trait à la pharmacie. J’établis la feuille de route, puis je recueille les données requises et les communique aux réunions trimestrielles de notre Comité de la pharmacie et des traitements.
Comment se compare cette expérience à la manière d’exercer la pharmacie au Canada?
Nos patients présentent des problèmes de santé non traités et à un stade avancé qui, à première vue, peuvent choquer. La taille des hernies ou des tumeurs relève du jamais vu en contexte canadien. La courbure des jambes chez certains enfants semble impossible à corriger. Le nombre d’années pendant lesquelles certaines femmes vivent avec une fistule obstétricale leur causant des fuites d’urine ou de matière fécale a de quoi briser le cœur. Étant donné que notre système de santé au Canada prend en charge ces problèmes tôt, nous ne voyons généralement pas les conséquences qu’entraînent un manque de soins chirurgicaux ou le fait de ne pas avoir les moyens de payer une chirurgie.
Certaines de nos spécialités chirurgicales sont offertes de façon continue dans le cadre d’une mission, tandis que d’autres sont pratiquées à un moment particulier du calendrier. Cela signifie que le type de patients chirurgicaux que les pharmaciens voient durant les tournées des chirurgiens dans nos diverses salles change sans cesse.
Les navires de Mercy Ships étant des hôpitaux chirurgicaux, nous ne traitons pas les maladies chroniques. Par conséquent, notre liste de médicaments se limite à ceux requis pour des interventions chirurgicales, ainsi qu’aux médicaments généraux nécessaires pour assurer la bonne santé de l’équipage.
Comme la logistique et l’expédition doivent être prévues longtemps à l’avance, et que nos médecins prescrivent des médicaments pour une durée limitée, nous contrôlons fréquemment l’usage des médicaments afin d’éviter les pénuries. Il faut donc, forcément, être capable de s’adapter et faire preuve de débrouillardise, afin de trouver des solutions de rechange et organiser des services de livraison accélérée. L’hôpital (avec ses bénévoles originaires de plus de 40 pays) compte fortement sur la pharmacie pour obtenir des conseils sur les médicaments inscrits sur la liste, les solutions de remplacement disponibles, les lignes directrices en matière de prescription à bord et la posologie.
Que voulez-vous que les gens sachent au sujet des pharmaciennes et pharmaciens travaillant dans le domaine de la santé mondiale?
Le rôle des pharmaciens en santé mondiale est essentiel. Il est impossible de fournir des services hospitaliers sans bénéficier de bons soins pharmaceutiques. La pharmacie a traditionnellement exercé son rôle dans les coulisses, mais les pharmaciens sont une ressource clinique respectée au sein de notre équipe hospitalière pluridisciplinaire, en contact direct avec nos patients.
Travailler comme pharmacien ou pharmacienne dans un milieu international et non conventionnel, avec de nombreux bénévoles qui sont là pour une courte période, signifie qu’il faut faire preuve de souplesse et d’innovation, résoudre des problèmes, avoir l’esprit d’équipe et être capable d’apprendre de nouveaux flux de travail et de nouvelles technologies. La planification et la gestion des stocks posent un défi particulier, car elles nécessitent l’obtention de permis d’importation et des procédures complexes en matière d’expédition et de logistique. Autrement dit, on ne peut pas obtenir le médicament dont on a besoin le lendemain, comme à la maison.
Beaucoup de pharmaciens au Canada songent à se porter bénévoles pour une mission, mais ne savent pas par où commencer. Diverses possibilités attendent les pharmaciens et les techniciens, quel que soit leur âge ou l’étape de leur carrière. Bon nombre attendent la retraite pour profiter de ces occasions, mais il est possible également de s’engager à court terme dans le cadre d’un congé planifié ou pendant des vacances. L’expérience qu’on acquiert en travaillant aux côtés de pharmaciens et d’autres professionnels de la santé provenant de différents pays est précieuse. Les gens donnent de leur temps et de leur savoir-faire, et repartent avec bien plus encore, en ceci qu’ils élargissent leur vision du monde et nouent des liens avec d’autres cultures et des personnes dans le besoin.
Qu’est-ce qui vous rend fière d’être pharmacienne?
Je pense que tous les pharmaciens veulent changer les choses dans les lieux où ils exercent. Je me sens privilégiée de travailler au sein d’une organisation qui offre des chirurgies gratuitement et en temps opportun à des personnes qui n’ont pas accès à des soins chirurgicaux dans leur pays d’origine, ni les moyens de se les payer. Les pharmaciens font partie intégrante du parcours du patient, de la prise de vitamines et de fer avant l’opération pour améliorer son état nutritionnel aux médicaments postopératoires nécessaires à la guérison et au maintien d’une bonne santé. C’est tellement gratifiant de voir de première main la différence que l’on fait dans la vie d’un patient. Célébrer avec un patient aveuglé par une cataracte qui recouvre la vue, ou avec une patiente aux prises avec une fistule obstétricale qui n’est finalement plus incontinente et qui est capable de rejoindre sa communauté après avoir été rejetée pendant des années, est une expérience qui change une vie. Voir des enfants avec les jambes arquées, déformées en coup de vent ou cagneuses subir une opération, guérir et réapprendre à marcher vous réchauffe le cœur. Et savoir que les médicaments et la pharmacie y ont contribué me rend fière.
