Le point sur la pharmacie : Maya Abdul Majed

Maya Abdul Majed, PharmD (elle/elle)
Université de Waterloo, Rx2026
Waterloo (Ont.)
Maya Abdul Majed vient d’obtenir son diplôme de docteure en pharmacie (Rx2026) à l’Université de Waterloo. Issue d’une famille profondément ancrée dans le monde de la pharmacie — sa mère est propriétaire d’une pharmacie à Marmora, en Ontario —, Maya a commencé son parcours très tôt, perchée sur un tabouret pour atteindre la caisse, entourée d’une culture axée sur les soins et la collectivité. Cette initiation précoce a non seulement inspiré son engagement envers les soins centrés sur le patient, mais aussi son désir de reprendre un jour l’entreprise familiale.
Au cours de son stage coopératif dans une clinique de soins primaires situé dans un Shoppers Drug Mart à Calgary durant l’été 2025, Maya a pu constater de ses propres yeux le potentiel des soins dispensés sous la direction d’un pharmacien dans le cadre de l’élargissement du champ d’activité des pharmaciens en Alberta. Forte de la possibilité d’exercer des activités cliniques dans ce rôle, Maya a pris de l’assurance grâce à une expérience pratique acquise dans un environnement hautement collaboratif.
Maya est également une figure de proue parmi les étudiants et une innovatrice dans le domaine de la pharmacie : elle a été la première femme à présider HackRx, le seul marathon de programmation canadien dédié à la pharmacie. Sous sa direction, l’événement s’est étendu à l’échelle nationale, a attiré des équipes interdisciplinaires de partout au Canada et a promu des solutions technologiques pour relever les défis concrets liés à l’accès aux soins. Elle décrit cette expérience comme une aventure transformatrice qui a renforcé ses compétences en matière de leadership, de résolution de problèmes et d’esprit d’entreprise — des atouts qu’elle espère mettre à profit dans sa future carrière de pharmacienne.
Maya a été invitée à participer au sommet Pharmacy Disruptors 2030 de l’APhC en tant qu’étudiante lauréate du concours de l’APhC Gagnez un voyage pour le sommet 2025, où elle s’est jointe à une salle d’innovateurs, de dirigeants et d’acteurs du changement. Cette expérience l’a amenée à considérer la disruption non pas comme une menace, mais comme une invitation — une occasion pour les pharmaciennes et pharmaciens de repenser leur rôle en tant que collaborateurs technologiques, influenceurs politiques et architectes de systèmes. Pour Maya, ce sommet a été un rappel puissant que l’avenir de la pharmacie ne se résume pas à l’excellence clinique : il repose sur une réflexion audacieuse, une collaboration interdisciplinaire et le courage d’amorcer un changement profond.
Questions et réponses
Nous avons rencontré Maya alors qu’elle s’apprête à entrer dans la profession de pharmacienne pour lui demander de parler de son enfance au sein d’une pharmacie familiale, des enseignements qu’elle a tirés de ses stages cliniques et de ses responsabilités en tant que leader étudiante, ainsi que de la manière dont l’innovation, la technologie et l’esprit d’entreprise façonnent sa vision de l’avenir de la profession.
Comment s’est passée votre enfance dans la pharmacie de votre mère, et en quoi cette expérience a-t-elle influencé votre vision de ce que peut être la pharmacie?
Ayant grandi à Marmora, où nous avons déménagé lorsque j’avais deux ans, la pharmacie est devenue mon deuxième foyer, et la communauté qui m’entourait était pour moi comme une véritable famille. Ce fut une expérience unique d’être entourée de personnes qui se souciaient autant les unes des autres, et la pharmacie de ma mère en était le cœur. J’y ai passé une grande partie de mon enfance, à accomplir de petites tâches, comme nettoyer et garnir les étagères ou aider à préparer les commandes, et, même si ces tâches étaient modestes, j’adorais faire partie de l’équipe.
Ce qui rendait cet endroit spécial, c’était de voir à quel point les patients faisaient confiance à ma mère et l’appréciaient. Les gens venaient souvent à elle dans des moments de grande vulnérabilité, et elle savait les rassurer et leur donner le sentiment d’être soutenus. Être témoin de cela m’a appris très tôt ce que pouvait être une pharmacie : pas seulement un lieu où l’on délivre des médicaments, mais un espace de soins, de réconfort et de liens humains.
C’est entre ces murs que j’ai célébré certains des moments dont je suis la plus fière, notamment lorsque j’ai été admise à l’école de pharmacie. La pharmacie n’était pas seulement le lieu de travail de ma mère ; c’était un lieu où ma communauté m’encourageait et où s’est forgée ma vision de la profession. Et au cœur de tout cela se trouvait ma mère elle-même. Son dévouement, sa compassion et son engagement indéfectible envers ses patients continuent de m’inspirer et guident la sorte de pharmacienne que je m’efforce de devenir.
En réfléchissant à votre stage coopératif dans une clinique de soins primaires en Alberta, qu’est-ce que cette expérience vous a appris sur la pharmacie clinique et les soins interprofessionnels?
Lors de mon stage coopératif en Alberta, j’ai pu voir de mes propres yeux ce qu’il en est pour les pharmaciens d’être en première ligne des soins cliniques. Mes responsabilités m’ont permis de prodiguer des soins proactifs aux patients, non seulement en réagissant aux problèmes au fur et à mesure qu’ils se présentaient, mais aussi en déterminant activement des moyens de favoriser leur santé et leur bien-être généraux. J’ai effectué des évaluations complètes, réalisé des dépistages de troubles cardiaques, administré des médicaments, tels que la testostérone, effectué des tests de dépistage de l’angine streptococcique et délivré des ordonnances pour toute une gamme d’affections mineures. Cette participation active m’a permis de prendre pleinement conscience de l’impact concret qu’exerce la pharmacienne ou le pharmacien en première ligne sur la vie des patients.
Ce stage m’a également permis d’avoir davantage confiance en mes connaissances et compétences. J’ai appris à savoir compter sur ce que je sais, à mettre en pratique ce que j’ai appris en classe et à utiliser efficacement les ressources professionnelles pour combler toute lacune. Tous les jours, je devais faire preuve d’esprit critique et agir en autonome, tout en collaborant étroitement avec l’équipe soignante.
Ce qui m’a le plus marquée, c’est la clarté avec laquelle les rôles des pharmaciens étaient définis et respectés. Faire partie d’une équipe où mes contributions étaient valorisées a rendu la collaboration tout à fait naturelle et m’a confortée dans l’idée que les pharmaciennes et pharmaciens peuvent jouer un rôle essentiel dans la prestation de soins centrés sur le patient. Le fait d’avoir vécu ce degré de responsabilité et d’intégration m’a permis de mieux définir la pharmacienne que je souhaite devenir : proactive, compétente et profondément connectée aux patients et aux équipes avec lesquelles je travaille.
Vous avez dirigé HackRx et contribué à son expansion à l’échelle nationale. En quoi votre participation à l’innovation dans le domaine de la pharmacie a-t-elle changé votre vision des possibilités offertes par cette profession?
Diriger HackRx à l’échelle nationale m’a montré à quel point le domaine de la pharmacie peut être sans limites lorsque l’innovation, la créativité et la collaboration s’allient. Les participants apportent un mélange extraordinaire de passion, de vision et d’expertise, animés par la volonté d’apporter une contribution notable à l’avenir de la pharmacie. HackRx ne se résume pas à de simples idées ; il s’agit de tirer parti des compétences uniques de chacun et chacune, et de rassembler des personnes issues de la pharmacie, de l’informatique, de l’ingénierie et d’autres domaines pour combiner leurs connaissances et créer quelque chose de véritablement puissant.
Le secteur pharmaceutique évolue rapidement, et des événements comme HackRx offrent aux participants un espace
où ils peuvent mettre en pratique leurs connaissances, faire preuve d’esprit critique et utiliser les compétences en résolution de problèmes acquises au cours de leurs études. Il est inspirant de voir à quel point l’innovation s’épanouit lorsque des savoir-faire divers se rencontrent, qu’il s’agisse de concevoir des outils pour améliorer la prise en charge des patients ou de repenser les systèmes afin de rendre les soins de santé plus accessibles. Ma participation à HackRx a renforcé ma conviction que la profession offre des possibilités illimitées et que la création d’environnements propices à la rencontre entre créativité et savoir-faire est essentielle pour façonner l’avenir de la pharmacie.
En tant que première femme à prendre la direction de HackRx, que représente pour vous cette étape importante et quels conseils donneriez-vous aux autres étudiantes en pharmacie qui souhaitent occuper des postes à responsabilité?
Devenir la première femme présidente de HackRx a été extrêmement important pour moi. Au-delà d’un simple titre, ce moment m’a amenée à réfléchir au parcours qui m’a menée jusqu’ici. Cela m’a remplie d’humilité de constater à quel point mes expériences, mes efforts et mon point de vue pouvaient créer des occasions pour d’autres et contribuer à façonner la croissance et la réussite de l’événement. Ce qui a rendu ce moment vraiment spécial a été de savoir que ma direction pouvait encourager d’autres femmes dans le secteur de la pharmacie à poursuivre leurs ambitions et à assumer des rôles de direction avec confiance. C’est une expérience que je n’oublierai jamais, non seulement parce qu’elle marque une étape cruciale, mais aussi parce qu’elle me rappelle la responsabilité et l’honneur qui incombent à un leader qui émancipe, qui inspire et qui soutient ceux et celles qui l’entourent.
Mon conseil aux autres étudiantes et étudiants en pharmacie qui aspirent à occuper des postes de direction est de prendre des risques et de saisir les occasions, même lorsqu’elles semblent difficiles. Il s’agit de s’entourer de personnes qui vous soutiennent tout en vous poussant à vous dépasser, et de rechercher le mentorat de leaders qui vous inspirent, en particulier des femmes qui ont suivi des parcours semblables à celui que vous espérez emprunter. Le leadership repose autant sur la collaboration, l’encouragement et la valorisation des autres que sur la vision et la prise de décisions. En ayant confiance en vos compétences, en partageant vos idées et en favorisant un environnement où chacun peut apporter sa contribution, vous pouvez avoir un impact considérable tout en devenant la leader que vous aspirez à être.
Selon vous, de quoi les étudiantes et étudiants en pharmacie d’aujourd’hui ont-ils besoin pour s’épanouir, non seulement en classe, mais aussi en tant que futurs innovateurs et leaders du secteur?
À mon avis, ce sont la curiosité et la volonté d’apprendre en permanence qui seront les atouts les plus précieux pour les étudiants en pharmacie d’aujourd’hui. Considérer chaque expérience comme une occasion d’évoluer, faire preuve d’ouverture d’esprit face aux nouvelles idées et relever les défis sont des qualités essentielles au gré de l’évolution de la profession. Au-delà des connaissances acquises en classe, il est primordial de développer de solides compétences en matière de collaboration et de communication, car une collaboration efficace avec les autres professionnels de santé est au cœur des soins prodigués aux patients.
Il est également important que les étudiantes et étudiants développent leur créativité et un esprit novateur, en explorant les nouvelles technologies et approches visant à améliorer les soins. Le mentorat, les réseaux de soutien et les occasions pratiques peuvent aider les étudiants à prendre confiance en eux, à mettre en application leurs connaissances et à acquérir les compétences nécessaires pour apporter une contribution notable. En fin de compte, pour s’épanouir dans le domaine de la pharmacie, il faut trouver le juste équilibre entre la curiosité, le travail d’équipe et la volonté d’évoluer aux côtés de ses pairs, tout en plaçant les soins centrés sur le patient au cœur de chaque décision.
Vous avez dit vouloir aborder la pharmacie sous un angle différent. À quoi cela ressemble-t-il pour vous, et quel rôle pensez-vous que la technologie et l’esprit d’entreprise puissent jouer dans ce domaine?
J’ai de nombreuses idées sur ce à quoi pourrait ressembler l’avenir de la pharmacie, mais ce qui me passionne particulièrement, c’est de faire évoluer ces idées en permanence et d’explorer les moyens de donner vie à un projet d’envergure. Je peux affirmer que la technologie sera au cœur de cette évolution : elle permettra de rationaliser les systèmes, d’améliorer la prise en charge des patients et de créer de nouvelles façons pour les pharmaciens de tisser des liens avec leurs collectivités et de les soutenir, tandis que le secteur de la santé continue d’évoluer.
Pour moi, l’esprit d’entreprise consiste à transformer une vision en action. Il s’agit de prendre des initiatives, d’expérimenter de nouvelles approches et de mettre au point des solutions pratiques, durables et pertinentes. En alliant innovation et approche centrée sur le patient, j’espère contribuer à repenser la pharmacie pour en faire un secteur dynamique, accessible et capable de relever les défis de demain, tout en donnant à chacun les moyens d’apporter ses idées et ses compétences tout au long de ce parcours.
Quel est l’aspect de l’avenir de la pharmacie qui vous passionne le plus, et quel genre d’impact espérez-vous avoir au fur et à mesure que vous avancez dans votre parcours?
Ce qui me passionne le plus dans l’avenir de la pharmacie, c’est la possibilité de tisser des liens solides avec les patients tout en contribuant à une évolution plus large de la profession. Je souhaite être une pharmacienne dont les actes ont une influence, non seulement à l’échelle nationale grâce à l’innovation et à l’amélioration des soins, mais aussi à l’échelle locale, où mes patients se sentent pris en compte, écoutés et soutenus, dans un esprit qui favorise un véritable sentiment d’appartenance à une communauté.
Au gré de mon parcours, j’espère mettre à profit mes connaissances cliniques, ma créativité et mes compétences en matière de résolution de problèmes pour créer des expériences et des systèmes qui rendent les soins plus accessibles, plus personnalisés et plus efficaces. Pour moi, ce qui compte le plus, c’est d’aider les gens à se sentir compris et pris en charge, tout en cherchant des moyens d’améliorer le fonctionnement de la pharmacie à plus grande échelle. En fin de compte, j’espère laisser une empreinte qui allie innovation et relations humaines, afin que chaque interaction avec un patient soit perçue comme réfléchie, bienveillante et valorisante.
Y a-t-il autre chose que vous aimeriez ajouter?
Alors que je débute ma carrière de pharmacienne, je suis animée par la volonté de créer des expériences dans lesquelles les patients se sentent pleinement soutenus, informés et capables de prendre en main leur propre santé. Ce qui me motive le plus, c’est la prise en charge proactive : travailler avec les patients pour prévenir les problèmes avant qu’ils ne surviennent, plutôt que de me contenter de réagir lorsqu’ils se présentent. Je suis inspirée par la manière dont l’innovation, la collaboration et des solutions bien pensées peuvent rendre cela possible, en aidant les patients à se sentir comme de véritables partenaires dans la gestion de leur santé. En fin de compte, je souhaite contribuer à façonner une expérience en pharmacie où chaque interaction permet aux patients de se sentir en confiance, compris et véritablement pris en charge.
