Le projet de mentorat et d’intégration des DPE : soutenir les diplômé(e)s en pharmacie formé(e)s à l’étranger au Canada
Questions-réponses avec Kelsey Skromeda de l'APhC

Depuis son lancement au début de 2024 grâce à un financement fédéral, le projet de mentorat et d’intégration des DPE de l’APhC est devenu une initiative nationale qui soutient les pharmacien(ne)s formé(e)s à l’étranger dans l’obtention du permis d’exercice et leur intégration à la pratique pharmaceutique au Canada. S’appuyant sur une forte participation et sur les premiers résultats obtenus, Kelsey Skromeda, directrice du programme d’intégration à l’APhC, revient sur les progrès réalisés jusqu’à présent, sur l’impact du projet pour les diplômé(e)s en pharmacie formé(e)s à l’étranger (DPE) qui amorcent leur transition vers la pratique au Canada, ainsi que sur le rôle des employeurs et des mentor(e)s qui participent au projet partout au pays.
Lorsque l'APhC a lancé le projet de mentorat et d'intégration des DPE, à quel besoin répondait-il ?
Les DPE représentent plus de 30 % de la main-d’œuvre en pharmacie au Canada. Malgré leur contribution importante à la profession, plusieurs continuent de se heurter à des obstacles pour obtenir leur permis d’exercice.
Le processus est complexe, coûteux et prend souvent trois ans ou plus. De nombreux DPE non autorisé(e)s à exercer ont besoin de soutien pour s’orienter dans ce processus. Plusieurs ont aussi de la difficulté à bâtir un réseau professionnel et ont un accès limité à une expérience concrète en pharmacie au Canada tant qu’ils ou elles ne peuvent exercer. Cette expérience et ces liens avec la profession contribuent à développer la confiance, à comprendre les attentes de la pratique et à se préparer aux examens nationaux et aux évaluations menant à l’exercice de la profession.
Le projet de mentorat et d’intégration des DPE a été lancé comme initiative de quatre ans, financée en partie par le Programme de reconnaissance des titres de compétences étrangers d’Emploi et Développement social Canada, afin de répondre à ces besoins. Grâce au mentorat structuré, à des stages encadrés rémunérés, à des sessions d’apprentissage virtuelles et à du soutien à l’emploi, le projet offre une expérience pratique, une meilleure orientation et des liens professionnels pour aider les DPE à progresser vers l’obtention du permis d’exercice et l’emploi au Canada.
Quelle a été la réponse depuis le lancement ?
L’intérêt est fort tant chez les DPE que chez les pharmacien(ne)s mentor(e)s. Depuis le lancement, plus de 960 DPE et 600 mentor(e)s ont présenté une demande pour participer, et près de 800 DPE ont déjà pris part à des activités du projet.
La demande pour les stages encadrés continue de dépasser la capacité disponible et des centaines d’autres DPE sont en attente d’une occasion de participation. Les participant(e)s proviennent de neuf provinces et les mentor(e)s représentent différents milieux de pratique.
Quel impact le programme a-t-il jusqu’à présent?
À ce jour, 156 stages encadrés subventionnés ont été réalisés ou sont en cours, représentant plus de 31 000 heures d’expérience rémunérée en pharmacie au Canada, avec une moyenne d’environ 190 heures par stage. Environ 38 % des DPE mentoré(e)s ont continué à travailler dans la pharmacie où ils ou elles ont effectué leur stage.
Nous observons aussi des progrès vers l’obtention du permis d’exercice. Douze pour cent des participant(e)s sont maintenant pharmacien(ne)s titulaires d’un permis d’exercice, et 17 % supplémentaires complètent actuellement des évaluations de pratique comme le SPT, un stage ou PACE.
Les participant(e)s disent que le projet les aide à mieux comprendre le processus et à avancer avec plus de confiance. Soixante-dix-neuf pour cent affirment que leur compréhension du processus d’obtention du permis d’exercice et de la reconnaissance des titres de compétences s’est améliorée, et 88 % disent avoir progressé plus rapidement ou avec moins de difficultés. Plusieurs mentionnent aussi que les relations de mentorat et les liens professionnels établis comptent parmi les aspects les plus précieux de leur expérience.
Le mentorat est décrit comme un pilier central du projet. Comment cela se traduit-il dans la pratique ?
Le mentorat prend plusieurs formes. Il comprend notamment du mentorat virtuel individuel, des événements de mentorat rapide et du mentorat intégré aux stages encadrés.
Dans ces activités, les mentor(e)s aident les DPE à mieux comprendre la pratique de la pharmacie au Canada, les attentes en milieu de travail et les exigences liées à l’exercice de la profession. Ces relations favorisent aussi un apprentissage mutuel, permettant aux mentor(e)s de découvrir les expériences et les perspectives que les DPE apportent à la profession.
Comment les stages encadrés rémunérés contribuent-ils à surmonter les obstacles courants ?
Ils offrent une expérience structurée et supervisée dans de véritables milieux de pratique. Les DPE peuvent ainsi se familiariser avec les flux de travail en pharmacie, les attentes en milieu de travail, la communication avec les patient(e)s et les équipes de la pharmacie, ainsi qu’avec le fonctionnement quotidien des pharmacies au Canada. Cette expérience constitue une préparation utile pour l’examen d’aptitude du Bureau des examinateurs en pharmacie du Canada (BEPC) et pour les évaluations de pratique comme le SPT ou PACE.
Pour les employeurs, la subvention salariale rend ces stages possibles. Elle compense en partie le temps et les ressources nécessaires pour former et superviser une personne qui apprend les flux de travail et les attentes propres à la pratique au Canada, ce qui permet aux pharmacies de participer sans perturber leurs activités quotidiennes.
Au-delà du mentorat et des stages, quelles possibilités d’apprentissage sont offertes ?
Le projet propose également des sessions d’apprentissage et d’échanges virtuelles qui aident les DPE à mieux comprendre la pratique pharmaceutique au Canada et à progresser vers l’obtention du permis d’exercice et l’emploi. Les sessions abordent notamment les parcours provinciaux vers le permis d’exercice, la communication en milieu pharmaceutique, les différents cheminements de carrière en pharmacie ainsi que la pratique dans les régions rurales et les petites collectivités. À ce jour, 741 participant(e)s ont pris part à ces sessions.
Plusieurs de ces sessions sont ensuite offertes sous forme d’enregistrements, ce qui crée progressivement une bibliothèque de ressources accessibles sur demande pour soutenir les DPE à différentes étapes.
Pourquoi était-il important d'inclure une formation sur l'intégration des DPE pour les mentor(e)s et les employeurs ?
L’intégration réussie des DPE dans les pharmacies canadiennes ne se fait pas en vase clos. Les employeurs, les mentor(e)s et les équipes en pharmacie jouent tous un rôle dans la création de milieux de travail favorables.
Pour soutenir ces efforts, le projet a développé un module de formation en ligne intitulé Favoriser des milieux de travail inclusifs pour les pharmacien(ne)s formé(e)s à l’étranger, qui porte sur les pratiques inclusives, l’accueil des nouvelles recrues et la culture du milieu de travail.
Jusqu’à présent, 182 mentor(e)s et membres du personnel en pharmacie ont suivi cette formation. Dans le sondage réalisé après la formation, 97 % ont indiqué qu’elle les avait mieux préparé(e)s à soutenir et à intégrer les DPE dans leurs équipes, et 93 % ont indiqué qu’ils ou elles prévoyaient apporter des changements dans la façon dont leur milieu de travail soutient les collègues formé(e)s à l’étranger.
Comment l’APhC travaille-t-elle avec ses partenaires pour soutenir les DPE ?
L’APhC collabore avec des partenaires du secteur de la pharmacie et du secteur de l’emploi des personnes nouvellement arrivées afin de soutenir les DPE à différentes étapes vers l’obtention du permis d’exercice. Un comité consultatif composé de représentant(e)s de ces secteurs a contribué à orienter la conception du projet et son évolution.
ACCES Employment est un partenaire clé qui appuie les activités de sensibilisation, le recrutement et la préparation à l’emploi, notamment en aidant les participant(e)s à se préparer aux stages encadrés. Nous travaillons également avec des organisations de la profession, des employeurs et des organismes au service des personnes nouvellement arrivées afin de partager de l’information, d’organiser des sessions d’apprentissage et de mettre les DPE en contact avec la profession.
Quels enseignements ont émergé jusqu’à présent ?
La mise en œuvre d’un projet comme celui-ci apporte de nombreux enseignements, mais certains constats ressortent clairement. La préparation des DPE pour les stages encadrés varie beaucoup et certaines périodes influencent fortement la participation. Des moments comme la saison de la grippe ou la préparation aux examens du BEPC peuvent réduire à la fois la disponibilité des employeurs et celle des DPE.
Nous avons également constaté que les stages fonctionnent souvent mieux lorsque les DPE identifient et approchent eux-mêmes une pharmacie qui pourrait bien leur convenir. Cette rencontre initiale leur permet de démontrer leur motivation, leurs compétences en communication et leur préparation. ACCES Employment aide les participant(e)s à s’y préparer.
La forte demande pour les stages nous a aussi amenés à prioriser certaines candidatures. Des facteurs comme la représentation géographique, la progression vers le permis d’exercice, la volonté de déménager et le besoin démontré malgré une expérience antérieure en pharmacie permettent d’orienter ces décisions afin que les stages soient offerts là où ils peuvent avoir le plus d’impact.
Nos sessions d’apprentissage ont aussi suscité de nombreuses discussions utiles. Comme tout le monde ne peut pas assister à un webinaire complet, nous transformons ce contenu en formats plus courts et plus faciles d’accès.
Enfin, même si la majorité des activités se déroulent en ligne, les commentaires recueillis lors de nos événements en personne montrent à quel point les rencontres en face à face peuvent être précieuses pour créer des relations et renforcer les liens avec la profession. Cet apprentissage constant fait aussi partie de ce qui rend le travail sur un projet comme celui-ci particulièrement stimulant pour l’équipe.
Quelle est la prochaine étape pour le projet ?
Les prochaines étapes comprennent l’élargissement des activités de sensibilisation et le partage des premières données et des premiers résultats afin de démontrer l’impact de ce type de soutien pour les DPE qui travaillent à obtenir leur permis d’exercice au Canada.
En continuant d’offrir de l’information et des ressources pour soutenir les DPE dans leur progression vers l’exercice de la profession, l’objectif à plus long terme est de contribuer à des approches nationales plus durables qui renforcent la main-d’œuvre en pharmacie et reconnaissent les pharmacien(ne)s formé(e)s à l’étranger comme une composante importante de la pratique pharmaceutique au Canada.


